Des pénitents, de la boue, du poudingue et le chapeau de Napoléon : et si c’était pas carré ?

Oui, je continue dans les titres à charades, mais cette fois pour toi, lectrice-teur littéraire, astucieuse et pas trop fan de math.

Mais commençons par la boue : arrêt donc à Forcalquier, joli village avec un marché le lendemain, ce qui est toujours un argument pour des locavores comme nos-zigues. Chouette camping, et vu la drâche prévue, on se choisit prudemment une place un peu en hauteur, surplombant un van et un camping-car de teutons, sympathiques au demeurant.

Et la pluie annoncée vint, vit, et vaincu (et non vin cuit, comme j’ai entendu quelqu’un dans le fond, si si, je l’ai entendu, oreilles de lynx, on m’appelait au scouts.

Tant et tellement que nous décidâmes de rester un jour de plus, pour laisser passer le gros de cette méchante perturbation, même qu’on s’est fait un ciné, car oui, Madame, Monsieur, Forcalquier a un cinéma, et à 18:30 nous nous installâmes dans une salle quasi pleine (surtout de têtes grises, mais pas que) pour regarder une chouette comédie française qu’on conseillera à tous ceux qui étaient déjà là dans les années 80, “Juste une illusion”. Très bon moment, on rit, on verse une larmichette, et on ressort toujours sous la pluie.

Le lendemain matin, après une pluie … une pluie … allez, vas-y, tu l’as sur le bout de langue, une pluie … ah, presque, tu y étais presque. Tu fais des progrès, d’ailleurs, ô lectrice-teur consciencieux, si si, je vois bien que tu travailles tes méninges, entre mes posts, et qu’un jour peut-être, rêvons un peu, l’élève dépassera le maître ? Mais foin de plan sur la comète, revenons à la pluie … continue, car oui, il plut toute la nuit, si bien qu’au réveil :

Malgré mes tranchées digne d’un Verdun pour lilliputiens, le sol faisait un petit “smouitch” touchant, presque plaintif, quand on y mettait le nu-pied, oui, on avait pas pris de bottes …

Ce qui nous apparut un peu décevant ne l’était semble-t-il pas pour tout le monde :

Quant à nos amis d’outre Rhin, il fallut forcer de corde de remorquage et la bonne volonté d’une voiture du camping, ainsi que quelques planches astucieusement placée, pour arriver à les sortir de leur bourbier.

En hauteur, toujours se parquer en hauteur, c’est le secret du vaniste aguerri et prévoyant.

Bon, ceci dit Forcalquier est un chouette village, avec de beaux restes moyenâgeux et de juste après.

Escalier publique pour passer du niveau à un autre, ben oui, c’est d’ailleurs généralement à ça que servent les escaliers, sauf chez Escher, mais lui c’est un tordu.

Alors oui, enfin, non, oui, bon, c’est pas un monument médiéval ni renaissance, mais ça reste un monument de la gastronomie locale, au doux nom évocateur, pour les uns de bons moments conviviaux en sauce, pour les autres de pastille Rennie : la pompe à huile.

C’est une sorte de brioche légèrement sucrée, safranée, et qui est un des 13 desserts du gros souper (de Noël) dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler. Et ben même si ça sert pas à pomper la sauce de ton gigot d’agneau, mets-y une cuillère de compote d’abricot des coteaux nantais, c’est un délice.

Bon, on a fait la boue, passons aux pèlerins et au poudingue, car ici l’un ne va pas sans l’autre.

Tu te rappelles sans doute des Météores, c’est drôles de montagnes en Grèce où ils ont perché des monastères. Je t’avais alors expliqué en long et en large la genèse de ces monticules, les plissements des fonds sédimentaires, le Pliocène, le poudingue, amas de galet et de sable bien compressé mais peu cohésif, tout ça tout ça.

Ben ici, aux Mées (à Les Mées …) pour être précis, un village nommé sans doute ainsi en référence aux nombreux troupeaux de brebis, mée pourquoi pas, hein, et ben quand on plisse du poudingue à Mée, ça donne ça :

Vu de loin
Vu de plus près
Encore plus près
D’encore un peu plus près
Toujours plus près
Très près
Très très près

Les Méesanges, les Méerovingiens, les Méerimées (s’ils prospèrent), enfin les habitants du coin, quoi, ils les appellent les Pénitents, à cause de leur forme conique, comme les pénitents recouverts de leur tunique pointue, façon Klan.

La légende elle parle de moines pétrifiés pour avoir eu d’impures pensées à la vision de jeunes femmes maures ramenés par des croisés. Les croisades, visiblement, servaient non seulement à se défouler un peu, avec un prétexte tout bien propre en ordre, mais aussi à ramener une crâlée de trucs exotiques, en tout cas pour l’époque, et si tu en revenais.

Bon, après ça, il était temps de se restaurer dans un chouette troquet de Les Mées les plus simples, mais aussi bien goutus, et on a mis le cap sur Sisteron (ben c’est pas carré, et voilà !) pour boire un café et visiter un peu ce lieu où l’on ne fait sinon que passer en passant passants que nous sommes tous, dans ce bas monde, finitude et vallée de larmes, voilà-t-y-pas que ce temps maussade aurait un effet dévastateur sur mon moral d’acier, maintenant bien trempé ?

Sisteron, ben c’est vraiment un goulet, entre des vagues de pierre :

Et une forteresse, elle aussi sur des pierres :

Bref, c’est minéral et un chouïa endormi, vers 14 heures. T’auras remarqué sur le cliché en couleur du ciel bleu et un truc ressemblant à un soleil éclatant, oui ben c’était 20 minutes après un déluge oragesque digne des bains de Digne, justement.

Célèbre fontaine Sisteronienne appelée Fontaine Ronde, comme quoi ils ont le sens de l’humour, ou alors un enseignement de la géométrie quelque peu lacunaire.

Notre prochaine étape étant au pied du Parc National des Écrins (rien ne nous fait peur, même pas la neige, nous prîmes la route Napoléon, agrémentée de quelques détours dont le GPS Volkswagien de Mazette à le secret, ce qui nous permit tout de même de découvrir, façon de parler, le Chapeau de Napoléon, sous deux angles différents :

Sûr qu’avec un tel chapeau il a chopé la grosse tête, le nabot impérial.

Voila, on est au chaud dans Mazette, à plus de 1’000 mètres d’altitude, au pied d’une série de 3’000 encapuchonnés, et on va se faire un frichti d’enfer, je vous dis que ça, alors stay tuned, c’est bientôt fini 😘

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