Les hantises du vaniste

Vaniste : n.m. [éthim. dérivé de l’anglais van, remorque attachée à un véhicule tractant, et souvent adapté aux transport de titiclop] Le vaniste est l’usager d’un van (si si), dans son sens moderne, à savoir une camionnette aménagée en lieu de vie ou de villégiature. Le vaniste vit la van-life, qui consiste principalement à se regrouper dans des endroits où il y a d’autres vanistes pour raconter, en buvant des bières ou du Kombucha, combien était bien l’endroit où il était juste avant, et que les gens y étaient super cool, mais qu’ici c’est bien aussi.

Le terme Vaniste se dit indépendamment du genre et de l’orientation sexuelle de l’individu, mais il exclut toute personne qui n’aurait pas au moins une paire de tongs et des shorts délavés à mettre pour aller remplir sa gourde isotherme d’alpiniste au point d’eau du regroupement.

« J’étais assis sur mon banc, et je regardais passer devant ma maison le troupeau de brebis de Marius, le fils de la belle Henriette, quand arrive un jean-foutre de vaniste au volant de son engin, qui paniqua le troupeau et enquilla direct chez Marius le plus beau chapelet d’injures que je l’ai jamais entendu prononcer. » A. Daudet, dans « Le Moulin à Poivre de Monsieur Sanguin»

Après cette brève mais éducative introduction laisse moi te narrer, ô lecteur que je sens avoir envie que je lui fiche un peux la paix, mais comme c’est moi qui publie… bon, tu pourrais éventuellement cesser de me lire, ô lecteur ingrat, vu tout le mal que je me donne, mais tu sais aussi bien que moi que cette tache sur notre relation serait à tout jamais indélébile, et passablement regrettable. Tu le sais, hein?

Maintenant qu’on a un peu éclairci nos rapports, laisse moi donc te narrer les pires cauchemars du vaniste, tels que je les imagine, ou pire, tel que je les ai déjà vécus.

En premier viennent tous les points qui concernent l’intérieur de cet espace réduit, réduit comme dans la pièce du même nom, ou accolé au mot « modèle », pour bien te donner l’idée du 2.5 mètres carrés qui représentent ton lieu de vie. Il y a par exemple le renversement d’une bouteille d’huile ouverte sur le plancher, qui comme son nom l’indique bien est fait de plastique avec des petites rugosités, les mêmes qui t’empêche d’arriver à vraiment nettoyer la dite surface, certes modeste tout en restant indispensable. La perspective de patiner dans un liquide gras et visqueux sur une surface quasi irrécupérable n’a d’égal que d’imaginer non pas de l’huileux, mais du sirop ou du pastis … Alors, ce n’est pas encore du vécu, même si nous manipulons quotidiennement ce genre de substances à l’endroit fatidique, inconscients que nous sommes, mais ce matin, ce fut du lait. Frais. Bio. Crémeux. Et qui sent bon la vache. Du coup …

En deux vient le renversement non plus de liquides poisseux, mais de nourriture granulée finement (sésame, graine de pavots, quinoa sec …) Là aussi nous échappâmes pour l’instant au pire, mais entre la salière ouverte au fonds d’une armoire, sous l’évier, et le renversement de la boîte de thé Keemun en la sortant de la dite armoire, on a quand même été quitte pour un nettoyage de printemps inopiné, et tardif, vu la chaleur qu’il fait déjà ici..

Puis viennent ensuite les nuisances externes. Ça peut aller des voisins fumant cigares ou clopes à toute heure du jour et de la nuit (pas encore vécu) au dents du bébé d’à côté qui poussent justement cette nuit (non plus), en passant par la ligne de train rapide, ou pas, qui passe à 2 mètres, mais on l’avait pas vu et de toute façon il y a pas d’autres places (ça c’est du vécu). Les étangs à moustiques et les décharges publique de l’autre côté de la haie, ou la démolition de voitures / le ferrailleur qui aime à travailler de bon matin font parfois aussi partie des surprises du lundi, quand on est arrivé le week-end ou que le vent a tourné.

L’embourbement, après quelques rudes pluies, fait aussi partie des dangers qui guettent le vaniste sur le départ, les légendes racontent que certains dont on a perdu la trace pourraient être retrouvés fossilisés d’ici quelques millions d’années, à côtés de mollusques du crétacé, ce qui fera joli dans les musées.

Je passe ici les hantises liées aux sanitaires mis à dispositions, d’abord parce qu’avec les applications d’aujourd’hui, tu peux te méfier, et ensuite parce que tu peux toujours repartir après avoir vu, ou senti. Mais il reste quand même le syndrome de la panne impromptue de chauffe-eau des douches (vécu), ou celui, esquissé la semaine dernière, des toilettes qui se bouchent, et se rebouchent.

Restent enfin les hantises liées à l’histoire personnelle de chacun, à ses propres désordres psychologiques, à ses traumas plus ou moins sévères, tel que la peur de l’irruption de méchants au milieu de la nuit, obligeant à l’enfermement intérieur à chaque nuit, ou la peur panique de ne pas retrouver le marteau à sardine (car oui, le vrai vaniste, le pur, le dur, possède un marteau permettant de planter dans un sol dur des sardines de tente, toile ou haubans), conduisant ainsi à un quasi toc du rangement à l’identique de tout accessoire, de la simple petite cuillère au rouleau de toile isolante, en passant par le tube dentifrice et l’enceinte Bluetooth.

Voilà, vite fait, un petit panorama des hantises du vaniste, sache, ô lecteur tout ebouriffé-e de découvrir en ce personnage que tu croyais pétris dans une glaise de relax et de zen réunis, un être humain somme toute assez standard, mis à part sa tendance relou à raconter n’importe quoi dès qu’on lui met un blog dans les mains.

Stay tuned, on est pas encore arrivé à la mer …

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