Gorges profondes …

Là, lectrice-eur assidue et dont l’évocation du Watergate ramène à une époque où un Parlement Américain digne de ce nom existait encore, tu te dis „Mais quel scandale politico-franco-français sont-ils allés déterrer ceux-ci !“, ou alors, parce que tu es un esprit vif et fin, et que les déductions n’ont pour toi plus aucun secret, même les fiscales, tu te dis plutôt „Ce couillon pense m’avoir, mais je sais bien qu’il va me parler rivière, montagne, géologie et passage du temps, érosion et fraîcheur de l’onde“.

Alors oui, il s’agit bien de gorges tout ce qu’il y a de plus respectables, celles de la Nesque, petite rivière de presque rien, mais ça a pas dû être le cas tout le temps, parce que quand tu vois ce qu’elle a creusé à la force de ces petits méandres, respect, respect total, respect intégral, pas la moindre Nesquinerie à afficher là.

En route pour la belle ville de Carpentras, nous avions donc décidé de suivre les directives du guide de voyage acquis par Caroline en prévision de tels usages, lui-même (le guide) s’étant informé auprès de la FFR, la Fédération Française de Randonnée.

Pour une bonne randonnée dans des gorges au pied du Mont-Ventoux, la FFR te fait d’abord monter au dessus du village, situé pas loin de l’entrée des gorges, à niveau, hein, il n’est pas en dessous du niveau des gorges, le village, non non, il est vraiment à niveau, vers les 680m d’altitude, la rivière étant à cet endroit là vers les 660-670m.

Donc tu montes un première fois de plus de 100m de dénivelé, dans un sentier escarpé et caillouteux, pour redescendre quasi instantanément 500m plus loin, revenant au même niveau de départ. Bon, tu te dis, c’est la Fédération des Farceurs et Rigolos, c’était pour nous mettre en jambes (et en sueur), maintenant on va descendre auprès de la rivière, et suivre son cours sans quitter son lit, rêve de tout étudiant par ailleurs, mais je m’égare.

Pas autant en tout cas que les esprits tordus de la Fédération des Fripouilles Rancunières, puisque eux te font aussi sec remonter pendant un bonne heure et demie, en plein cagnard, sur de la caillasse, jusqu’au sommet de la montagne surplombant les gorges, avant de te faire redescendre au bord de la route départementale, qui elle aussi longe les gorges, mais quasi à plat, elle !

Là, le sentier prend alors un aspect fidèle au nombreux avertissements panneautés à son embouchure „Soyez attentifs, sentier en surplomb“. Bref, les deux pieds et les deux mains sont requises, si tu veux pas faire les quelques 200-300m qu’il reste jusqu’au fond en ratant le paysage pour cause de défilement impromptu du film somme toute passionnant de ta trop courte existence.

Et c’est pas les paroles de Saint Antoine de Padoue, en provençal, qui vont te servir de corde de rappel …

Nous croisâmes d’ailleurs des randonneurs qui montaient, eux, depuis le fond et qui nous fîmes comprendre (y avait qu’à les regarder d’ailleurs) qu’ils l‘avaient trouvé plutôt compliqué et velu, « un vrai sentier de chèvre » dira l’une d’elles.

C’est alors que ma peur légendaire du vide, liée à une certaine fatigue et à une fatigue certaine, me fit stopper là l’aventure. Ma douce, à qui un sentier pour chèvre évoque tout au plus une bucolique ballade de santé, décida par solidarité conjugale elle aussi d’en rester là. C’est donc toujours en plein cagnard que nous retournâmes au point de départ, en prenant cette fois le bas-côté de la départementale susmentionnée.

Point de fraîcheur de l’onde au fond d’une gorge profonde, donc, mais tout de même une sérieuse trotte, sois remerciée chère Fédération du Foutage-de-geule de Randonneur, oui, je sais, on aurait pu acheter leur guide à eux qui, sans doute, nous aurait mis en garde, mais bon, chez nous, un randonneur n’a pas la connotation de l’ « alpiniste chevronné », tout au plus celui du « grilleur de cervelas à côté du torrent au dessus de la buvette ».

C’est donc poisseux et bien échauffés que nous mîmes Mazette sur le cap de Carpentras, ou grâce à l’App CampSpace nous avions trouvé un coin d’herbe dans le jardin de Christine, qui accueille ainsi chez elle à la fois le touriste de passage et le travailleur déplacé, car elle met aussi 4-5 chambres à disposition.

Terrain parfait, hôtes charmants, 10 minutes à vélo, tout en zone vélo, pour rejoindre Carpentras centre. Un petit paradis pour y poser Mazette et nos courbatures, le temps de découvrir Carpentras, dont je dois honnêtement avouer que la réputation auprès de votre serviteur n’était pas des meilleures.

Et bien bonne surprise, nous visitâmes en ce 17 avril le Musée Inguimbertime, après un café d’attente dû à une panne informatique affectant semble-t-il l’entier de la municipalité, et qui empêchait la désactivation des systèmes d’alarme par le personnel.

Inauguré en 2024 dans l’ancien hôte-dieu, ce musée vaut le détour : super bien fait, toute l’histoire de cet état papal depuis la préhistoire jusqu’à la Révolution Française, une bibliothèque incroyable et bien mise en scène,

ainsi que pas mal d’art pictural bien intéressant. Bon, vraiment bien. Et moins de monde qu’au Louvre. Beaucoup moins …

Après un snack bien snacké, en selle pour les 8km et quelques vers Pernes-les-Fontaines, sur la rectiligne et protégée Via Venaissia, enfin quand je dis protégée, c’est pas du soleil, hein, juste de la circulation non vélocipédique.

Joli village d’ailleurs que ce Pernes-les-Fontaines.

Puis re-8km-et-quelques sur la même ligne absolument droite, puis encore les 10 minutes pour revenir chez Christine et nous effondrer dans nos chaises de jardin, heureux et bien cuits, al dente dirait mon ami Donato, mais équipés d’asperges vertes fraîches et de fraises bien mûres, ce qui, associé à nos fonds de placard Mazetteux promet une soirée gustative bien locale.

Voilà, une vue du crépuscule dans notre jardin pour l’ambiance, demain cap sur Avignon pour une découverte de 2-3 jours, et après on retournera dans la cambrousse.

Stay tuned, c’est comme avec l’Enflure Orange, il y aura sûrement des histoires de Papes …

Responses

  1. cbecour Avatar

    Provence, quand tu nous tiens, hein ! Ce qui est certain, c’est qu’après deux printemps passés en Grèce, je constate qu’il fait plus chaud et plus beau dans ce Midi que j’aime…

    Avignonnez bien !

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