Alors oui, cha chouffle, cha chouffle même fort. Avec l’avantage majeur de dégager le ciel pour lui faire retrouver le bleu qui vaut à notre planète son joli nom dans tous les atlas galactiques sérieux.

Qu’avons nous donc fait des ces dernières 48 heures, lecteur-rice à l’addiction préoccupante, en manque de tes lignes quotidiennes oui, qu’avons-nous donc bien fait ?
Et bien, malgré l’inoculation par voie visuelle d’un nombre incalculable de colonnes, de statues, de murs plus ou moins ébauchés et d’explications zistoriques l’année passée en Grèce, figure-toi, ô lecteur de l’Europe dite occidentale, que nous avons remis ça en nous concentrant une bonne matinée sur le qualificatif de „Romaine“ attaché à Vaison. Attachement d’ailleurs fort récent puisque qu’au début du siècle passé, avant les fouilles majeures qui défigurèrent cette petite ville à l‘urbanisme moderne et triomphant, Vaison s’appelait simplement Vaison. Et oui, deux-trois cailloux taillés deux millénaires plus tôt et arrachés à ta terre de labours, et voilà ton patronyme accolé à un qualificatif sinon prestigieux au moins dépaysant.

Vous aurez sans doute reconnu le style, sinon ne dites rien, mon ego préférerait n’en rien savoir. Juste vous dire que le musée du site est plus que bien fait et qu’il vaut largement le détour. Les ruines sont chouettes aussi, mais bon, ça reste des ruines, hein …
Pour en revenir au musée, nous y apprîmes foule de chose concernant les Voconces, qui ne sont pas une façon pincées de prononcer les congés payés, mais bien une tribu locale qui fût fédérée par les romains et garda pendant longtemps une certaine indépendance au sein d’une Gaule conquise.
On y vu aussi, ce qui intéressera nos amis cavaliers, nommés ainsi pour leur passion équestre et pas du tout pour leurs manières, qui sont absolument parfaites, on y a vu donc une curiosité qui m’était parfaitement inconnue : la sandale pour cheval :

Plus enveloppant que le fer, strié sur le dessous, il prévenait l’usure du sabot sur les Via Romana et s’attachait lui aussi avec une lanière de cuir.
Puis nous fîmes un saut à la cathédrale locale fort ancienne, et pourvue d’un magnifique petit cloître :

Qu’il me soit pardonné ici une légère quoique fort profonde diversion sur les bases revendiquées de notre civilisation judéo-chrétienne : certes, depuis la main-mise sur notre continent par la religion héritée de la mise à mort barbare du prophète de Nazareth, un ensemble de valeurs, somme toute plutôt bienveillantes mais malheureusement peu appliquées, nous ont conduit à considérer tout ce qui s’est passé avant JC comme légèrement barbare, voire décadent, en tout cas insuffisant.
Or, l’image qui suit, et qui montre les fondations de cette fameuse cathédrale, dénommée justement Notre Dame de Nazareth, me laisse à penser que si nous n’avions pu nous appuyer sur ceux qui vinrent avant, nous aurions certes des joues gauches tendues, des sapins à Noël et des femmes adultères lapidées (je sais, je caricature), mais nous n’aurions peut-être pas le chauffage au sol et le tout-à-l’égout.


Repus de ruines et d’histoires antiques, nous allâmes nous mettre au chaud et à l’abri dans le cinéma local, où le dernier film de Claire Denis nous laissa quelque peu perplexes, malgré un jeu d’acteur à la hauteur. Un sujet de tragédie dans un script quasi Ionescien. Mais au moins on était au chaud.
Une bonne nuit de sommeil par-là dessus, après une bonne soupe de poisson engloutie dans Mazette, et le lendemain, c’est à dire aujourd’hui, ce que tu auras sans doute déduit pour autant qu’il te reste un chouïa d’attention en cette fin de journée qui pour certain-es fût de dur labeur, ce matin donc, Grand Bô, terrasse de bistrot et marché gigantesque prenant possession de l’ensemble de Vaison, ou quasiment.

Nous mîmes alors le cap sur ces petits villages du Vaucluse aux noms évocateurs : Gigondas, Vacqueyras, Beaumes-de-Venise, avant de remonter vers Sault et finir en beauté à Montbrun-les-Bains, ou un camping champêtre et ensoleillé nous autorise un apéro au Gigondas bio de derrière les fagots (note la conjugaison qui te permet du coup de mettre une temporalité ajustée et à moi de me passer de ce passé simple épuisant).
Voilà, tu as rattrapé le fil de notre périple, respire et reprend ta vie, elle en vaut plus que la peine, c’est moi qui te le dis !
Stay tuned, nous, on attache les chaises pour la nuit …


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